Schalke O7

 

Raul Schalke 04

Il y a un gros point commun entre Schalke 04 et le Real Madrid, et ce n’est pas que le joueur le plus classe de tous les temps y ait joué : en fait, apparemment, ces deux équipes étaient respectivement les favorites d’Hitler et de Franco. Comme mes amis ne manquent pas d’humour, ils n’ont pas manqué de souligner, le 28 juillet 2010, lorsque Raul a signé à Schalke, que sa carrière semblait suivre une ligne directrice tout à fait cohérente.

De la corrida au charbon

Peu de monde a vu Raul torse nu (le joueur est pudique, apparemment), mais il n’a pas de symbole fasciste tatoué sur la poitrine comme dans un certain mauvais film. Franco s’est récupéré le Real Madrid au moment où il a tenté de promouvoir l’Espagne après quelques années d’auto-suffisance ruineuses. C’était pratique pour lui, le Real était alors le plus grand club du moment, fort de nombreuses victoires en championnat et – surtout – en ligue des champions. Puis après, vu que c’était aussi une girouette, Franco est devenu socio du Barça, mais ça ne se dit pas trop. Bref. Apparemment, c’est la même chose avec Hitler (Schalke était la meilleure équipe allemande des années 20), et dans une lettre amusante le directeur des communications de l’équipe de Gelsenkirchen met fin à toute polémique avec beaucoup de brio.

Il y a donc au moins une différence entre le Real et Schalke. Si l’on cherche, on peut en trouver d’autres, je pense. La couleur du maillot par exemple : le blanc immaculé de Madrid face au bleu de travail des O4. Parce qu’après tout, Gelsenkirchen, c’est la ville minière allemande par excellence : lors de sa présentation, Raul a été accueilli par deux mineurs (pas les gens de moins de dix-huit ans, les autres) qui lui ont remis un énorme bout de charbon (le premier de sa collection, vraisemblablement). Passer de Madrid à Gelsenkirchen n’a pas dû être chose aisée pour le bel ibère et sa famille nombreuse, et pourtant, le profil de la ville et de l’équipe vont à ravir à ce fils d’électricien à la faillite particulièrement sensible à de nombreuses traditions populaires. De toute façon, je pense que pour signer dans une équipe où le meilleur joueur de tous les temps est Kevin Kuryani, il faut y croire de tout son coeur. Car après tout, comme le dit la chanson, les millionnaires s’ennuient à Gelsenkirchen.

Apprendre à écrire Sha…Schalkh…Schalke

Il y a peu de personnes avec qui je partage le concept si particulier du “charismatique”. C’est une notion extrêmement difficile à définir, alors je vais vous épargner la théorie et vous donner quelques exemples finement choisis qui parleront d’eux-même. Raul est charismatique. Higuain n’est pas charismatique. Redondo est charismatique. Florent Malouda n’est pas charismatique. Tony Vairelles et Olivier Quint sont charismatiques, mais pas Nani ou Cristiano Ronaldo. Normalement, si vous n’êtes pas complètement neuneu, à ce stade-là, vous devriez maîtriser toutes les nuances du mot, et donc être un interlocuteur assez digne pour que je poursuive mon récit. Donc, ce 28 juillet 2010, lorsque, comme ces milliers de supporters teutons aussi ravis qu’incrédules, j’apprends que mon maître spirituel rejoint Schalke 04, je ne tergiverse pas, et le mot sort tout seul de ma bouche : “Charismatique”.

Car, après tout, quoi de plus charismatique que de tout laisser derrière soi, que de se mettre à danger à quelques mois de la retraite et de mettre en péril une réputation que l’on a difficilement forgée au cours de longues années, dans l’ombre d’autres grands joueurs et, surtout, d’un club aussi puissant que le Real Madrid? Avec Schalke, et avec l’amour des supporters allemands, Raul s’est remis là où il mérite d’être et où il aurait toujours dû être :  au centre de l’équipe, sous la lumières de projecteurs ébahis, une légende au milieu de simples mortels. On se souvient tous de ce moment magnifique après la victoire 2-1 contre l’inter en ligue des champions où le numéro 7 va fêter la victoire dans un des virages de la Veltins Arena avec des supporters qui, toute la saison, même dans les moments difficiles, auront chanté son nom et ses exploits. Et ils furent nombreux! Deux triplés, un record historique de buts en ligue des champions, la première victoire de sa carrière à Munich, la meilleure performance européenne de l’histoire du club et, peut-être, samedi prochain, une coupe d’Allemagne? Je croise les plumes.

Raul Schalke 04 Inter Milan

Du Real à la réalité

En ce qui me concerne, cette année aura quelque peu réveillé ma flamme footballistique, qui était plus désabusée qu’affaiblie. Après tout, lorsqu’on n’est conscient qu’on aime un sport pour des raisons anormales, il ne faut pas s’étonner d’avoir des réactions étranges, ou, plutôt, de ne pas avoir de réactions. Lorsque mon frère m’envoie un texto pour me chambrer après le 5-0 infligé par le Barça au Real, je n’ai même pas à feindre l’indifférence. Par contre, purée, la défaite 5-0 à Kaiserslautern (l’ancienne équipe du ‘Snake’, charismatique lui aussi) m’a bien ennuyée. Je me suis transféré en même temps que le joueur, et je dois remercier l’ensemble de l’équipe du Real, joueurs et dirigeants, pour m’avoir facilité la tâche. J’en ai des frissons d’horreur dans le dos.

J’ai regardé, outres les épiques prestations européennes, quelques-un des matchs de Schalke en championnat au cours de la saison. Je suis né avec une cuillère en meringue dans la bouche et, adepte du beau jeu à l’espagnole, le choc a été assez violent. Erreurs défensives monstrueuses, mi-temps soporifiques, joueurs incapables de terminer un match sans se faire expulser, il m’a fallu être stoïque pour ne pas sauter par la fenêtre par dépit. Dans un des moments les plus sombres de la saison, j’ai même rêvé que Raul me confessait qu’il regrettait d’être parti de Madrid. Vous voyez donc sans mal que la transition ne s’est pas faite sans heurts. Mais, en y revenant avec un peu plus de recul, cette équipe de Schalke m’a un peu fait penser à une équipe de manga, à la Oliver et Tom ou Shaolin Soccer. Il y a le gardien incroyable mais un peu kamikaze qui a sauvé l’équipe des centaines de fois (le meilleur goal depuis Casillas, sans aucun doute), l’arrière japonais complètement nul qui fait des passes en retrait aux attaquants adverses, le joueur péruvien qui court très très vite mais qui est incapable de faire un passe, ou encore l’attaquant brésilien qui est aussi fin techniquement qu’une musaraigne.

Raul Schalke 04 célébration but

Die Lichter der Nacht von Freitag

Avec le recul, toutes les circonstances étaient en fait réunies pour l’une des plus belles saisons de la carrière du joueur. Aller en demi-finale de la ligue des champions avec Schalke en marquant de nombreux buts décisifs est nettement plus charismatique que d’arriver au même point avec le Real de Cristiano Ronaldo, qui, avec classe, a immédiatement récupéré le numéro 7 du plus grand buteur de l’histoire du club. En partant à Schalke, Raul a montré que ce n’était pas parce qu’il était joueur du Real qu’il marquait des buts ou qu’il était irréprochable sur les terrains et en dehors, mais bien parce qu’il s’agissait du joueur de football le plus charismatique de tous les temps.

Raul Schalke 04 Manchester United

 

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